Pincement des chrysanthèmes

Article de Paul Lemaire, paru dans Rustica 1961  N° 15

 

Je pince mes chrysanthèmes

 

Pincement ! cauchemar des néophytes. Pourtant pincer un chrysanthème est une action élémentaire. C’est tout simplement couper la tête de la bouture en lui enlevant 2 à 4cm. Pincer ne veut pas dire rabattre mais simplement  éborgner. Mais là n’est pas la difficulté. Il y a plusieurs manières, bonnes ou mauvaises, d’effectuer des pincements. C’est une arme à double tranchant.

            Pincer court, pincer long ? Le résultat en dépend, et il sera différent selon l’état de la bouture et l’époque à laquelle il sera fait.

            Les raisons de faire des pincements sont différentes selon que l’on s’occupe de variétés à très grandes fleurs à couper utilisées en appartements ou bien de potées basses destinées à orner les tombes.

 

En MAI, le pincement des chrysanthèmes à grandes fleurs permet d’avoir plusieurs têtes et règle l’époque de floraison.

 

Faire les pincements est un art, d’une technique facile qu’il est utile d’acquérir et d’étudier.

Le pincement doit être fait sur une tige tendre herbacée mais vigoureuse. La bouture doit être jeune et en pleine végétation, et surtout elle doit être courte. Si les ramifications sortent peu nombreuses, c’est probablement qu’il y a eu un arrêt de végétation pour des causes diverses : transplantation récente, bouture allongée par excès d’arrosage ou durcie parce que sevrée trop grande, racines peu nombreuses.

Pourquoi pince-t-on ?

Mais pour ramifier la bouture régulièrement et abondamment, réduire la hauteur, avancer ou retarder la floraison. Etant donné que le chrysanthème existe en plusieurs genres très différents, il est logique que les motifs de pincements soient différents. Nous allons les énumérer.

 

1er genre

Grandes fleurs à couper.

Plusieurs raisons justifient le pincement. Si l’on tient compte de ce que ces variétés sont souvent cultivées en uniflores avec réserve du deuxième bouton, trois cas peuvent se présenter :

  • Variétés lentes à s‘épanouir : un pincement du 1er au 15 mai avance l’arrivée de la fleur à condition de réserver le premier bouton suivant.
  • Variétés trop hâtives : un pincement effectué au début de mai avec réserve du 2e bouton retarde la floraison.
  • Les variétés à très grandes fleurs sont parfois cultivées à 3 ou 5 fleurs pour couper. Il faut pour avoir des longues tiges bien droites faire ramifier près du sol. Le pincement est alors effectué dans le courant du mois de mai plus ou moins tôt selon les variétés. Le 1er et le 2e bouton suivant sera réservé en tenant compte des observations de l’obtenteur.

Pour les autres genres, les pincements ont des utilités différentes.

2e genre

les Exotiques Spiders se mettant lentement à bouton gagnent à être pincés en mai afin d’avancer leur floraison et aussi réduire leur hauteur.

 

3e genre

            En ce qui concerne les plantes à potées, deux cas se présentent. Les pincements servent surtout à faire ramifier la bouture et à la faire ramifier très bas, mais aussi à régler la date de floraison.

            Il faut donc calculer la date du bouturage en fonction de la date du pincement à effectuer afin que la bouture ne soit ni trop grande ni trop petite à la date du dernier pincement. Ce ne sera jamais, en tout cas, plus de deux mois.

            Si l’on bouture très tôt, c’est probablement que l’on désire de très fortes plantes ayant 10, 20, 30 fleurs. Deux pincements sont alors nécessaires.

            La bouture faite en janvier-février, le 1er pincement est effectué un mois et demi après. Il sort généralement de trois à cinq branches qu’il faudra pincer court à 4 ou 5 feuilles à peu près un mois et demi après le 1er.

En juin, le pincement des chrysanthèmes en potées commande la date de floraison en plus de l’augmentation du nombre de têtes.

            Les petites potées ont de plus en plus la faveur du public à condition que les fleurs soient grosses. Les potées idéales ont  de 5 à 8 grandes fleurs. Pour ce genre, un seul pincement est effectué. Il a pour effet :

            De favoriser les ramifications et de les faire sortir plus basses que sans pincement ; d’éviter une trop grande vigueur pour que la plante reste basse ; mais le principal effet est de régler la date de floraison.

            Le dernier pincement est donc le plus important ; il se fait généralement du 5 au 25 juin, sauf exception.

 

4e genre

            les alvéolés. Le pincement se fait vers le 15 juin. Il sert surtout à faire ramifier plus tôt et plus bas. A part quelques variétés tardives, c’est généralement le premier bouton après pincement qui doit être réservé.

 

5e genre

            Les Coréens sont pincés pour aider à une ramification abondante. Pour ce genre ce pincement n’est pas nécessaire.

 

6e genre

            les simples à grandes fleurs demandent à être pincés vers le 15 juin, plus ou moins tôt selon la date de floraison désirée. Le pincement à surtout pour effet de prolonger l’allongement des branches qui supportent la fleur.

 

7e genre

            Gros pompons, pour fleurs à couper. Tiges longues ; même utilité, même résultat que pour les simples.

 

8e genre

            Nains à massifs, potées, rocailles. L’intérêt de ce genre très rustique est de rester très bas.

            Pour cela le meilleur moyen est de faire de 2 à 4 pincements dont le dernier peut se faire jusqu’à la fin du mois de juillet, sauf pour quelques variétés hâtives, dites chrysanthèmes d’été.

 

9e genre

            S’il est un genre où les pincements sont indispensables, c’est celui des cascades.

            En effet, les variétés utilisées pour ces formes spéciales, ressemblant à un tapis ou cascade fleuris, cultivées sans soins et sans pincements, prendront la forme verticale buissonnante.

            Les chrysanthèmes conduits en cascades sont pincés très courts jusqu’au 15 septembre.

            Ces merveilleuses cascades sont obtenues en fixant la tige maîtresse sur un tuteur incliné à 45°. Ainsi toute les jeunes pousses s ‘élancent du même côté. Les pincements successifs et répétés jusqu’au 15 septembre, ne laissant que 2 à 4 feuilles sur les jeunes pousses, finissent par égaliser cette ramification exubérante. Mais, attention ! il ne faut jamais pincer la tige tête ou maîtresse.

 

            En conclusion, facteurs de réussite du chrysanthème, les pincements méritaient votre attention et une étude sérieuse.

Paul Lemaire