Petites histoires de chrysanthèmes

Kiku

Histoire de chrysanthème

     Au cours du 16e siècle, le jardin de Sen-no-Rikyu, un des plus grand maîtres de la cérémonie du thé, était renommé à travers tout le Japon pour ses chrysanthèmes. Un automne Toyotomi Hideyoshi, le plus puissant des seigneurs de la guerre, annonça son intention de visiter le jardin afin d’admirer les chrysanthèmes à leur apogée. Sen-no-Rikyu considéra cela comme un grand honneur et prépara avec soin cette visite.

     La veille après le coucher du soleil, Hideyoshi arriva avec sa suite, afin de pouvoir admirer dès l’aube le splendide jardin. Au cours du dîner, il posa à son hôte de nombreuses questions sur la plante, ses cultivars, sa plantation et sa culture. Sen-no-Rikyu répondit patiemment et à la fin du repas dit à son invité : « ce soir, vous avez étudié le chrysanthème avec votre esprit, demain, vous pourrez l’étudier avec votre cœur. »

     Impatient, le puissant guerrier se leva dès l’aube, se vêtit et descendit dans le jardin. Au premier regard, il fut frappé de stupeur devant l’outrage. Pas une fleur, pas un pétale pour orner le jardin. Tous les plantes avaient été coupés, décapitées, là où la veille se trouvait une explosion de formes, de couleurs et de textures, n’apparaissaient plus que des feuilles vertes et des tiges. Furieux, Hideyoshi se précipita dans la demeure de son hôte afin de connaître la raison d’une telle insulte. Dès qu’il eut franchi le seuil, il s’arrêta brutalement, saisi à la vue d’un unique chrysanthème dans un vase. Sa forme, sa couleur, sa texture, lui conféraient une intense beauté. Oubliant sa rage et sa frustration, Hideyoshi ne vit plus que la perfection de cette simple fleur.

     Calmement, Sen-no-Rikyu parla derrière son invité : “Maintenant, vous voyez l’essence même de la fleur de chrysanthème »

Issu d’une plaquette d’exposition du Jardin botanique de New York

Traduction Erik Benoit

Ô narcisses et chrysanthèmes

Ô narcisses et chrysanthèmes
De ce crépuscule d'automne
Où nos voix reprenaient les thèmes
Tant tristes du vent monotone !

Des enfants dansaient sur la route
Qui mène vers la lande noire
Où hurla jadis la déroute,
Sous la lune, des rois sans gloire.

Nous chantions des chants des vieux âges
En allant tous deux vers la ville,
Toi si grave avec tes yeux sages
Et moi dont l'âme fut si vile.

Le jour tombait au son des cloches
Dans l'eau lente de la rivière
Qui charriait vers des mers proches
La flotte à la noire bannière.

Nous fûmes trop fous pour comprendre
Les présages du crépuscule :
Voici l'ombre où l'on croit entendre
Les sanglots d'un dieu qui recule.

La flotte a fui vers d'autres astres,
Les enfants sont morts sur la route,
Et les fleurs, au vent des désastres,
Ne sont qu'un souvenir de doute.

Sais-tu le chemin de la ville,
Toi si grave avec tes yeux sages ?
Ah ! mon âme qui fut trop vile
A peur des chansons des vieux âges !

Stuart MERRILL (1863-1915)

"La rose est plantée dans la terre
le chrysanthème
est cultivé dans le brouillard."

(Paul Claudel)


 

 

"Au plus profond de l'automne
fleurs de chrysanthème
à nulle autres pareilles
puisse le givre
vous épargner.

(Saigyô)


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